Montluçon Démocrate
Le blog de Pierre-Antoine Légoutière
Comme ils avaient raison, ceux qui préconisaient de proclamer le vainqueur à l'issue du premier tour de la primaire socialiste ! Alors que tout se passait bien
depuis un mois, avec des taux d'audience montrant l'intérêt des Français, une participation significative et des oppositions de styles et de programmes, il aura en effet suffit de quelques
minutes pour rompre définitivement le charme de l’exercice.
Justifiant sa réputation d'intolérance et d'agressivité, Martine Aubry a ouvert le feu sur son concurrent avec une morgue défiant l'entendement. A quel point faut-il montrer un tel manque de logique pour tirer ainsi contre son propre camp? A-t-elle seulement une vague idée de l'image désastreuse de cette attitude sur les électeurs indécis, qui pour être las de Nicolas Sarkozy, ne sont pas prêts pour autant à renouer avec un socialisme revanchard et méprisant ? La présentation comptable de son programme irréaliste et sans perspective en avait déjà lassé plus d'un. La coupe est pleine, n'en jetez plus et soyons plusieurs millions à dire « Non ! » demain à ce grand bond en arrière.
« Gardez-moi des mes amis, mes ennemis je m'en charge », François Hollande a sûrement la formule en tête. Espérons que son prochain débat de second tour l'opposera à François Bayrou, pour que les idées se confrontent. C'est tout le bien que l'on peut se souhaiter au pays. Il est trop tard, l'heure est trop grave, pour laisser trop de place à des attitudes d'un autre âge...
Enfin ! Il aura fallu des mois au président de la République pour enfin tenir le discours qui s'impose face à la crise grecque : « Lorsqu'un membre de la famille éprouve des
difficultés, les autres membres de la famille doivent se mobiliser pour l'aider ». L'image est bienvenue, elle était attendue, mais elle vient tard. Car elle a laissé s'installer dans les
esprits l'image d'une peuplade désordonnée et incivique régnant sur un paradis balnéaire qui s'appellerait la Grèce.
Il y a d'ailleurs fort à parier que si les Grecs étaient blonds aux yeux bleus, les éditorialistes libéraux « à la française » se seraient abstenus de décliner condescendance et
agressivité comme Le Figaro se l'est permis jusqu'à l’écœurement. Et s'il s'agit de condamner le tropisme fiscal des bords de la Méditerranée, pas besoin d'aller beaucoup plus loin que la Corse
ou le littoral varois pour trouver du linge sale à laver...
Environ deux tiers des Français ne souhaitent pas la réélection de Nicolas Sarkozy. Et une proportion encore un peu plus importante ne le voient pas réélu s'il se représente au printemps prochain. Il est vrai que les raisons ne manquent pas pour mettre fin à un régime arrogant, injuste et inefficace là où il affichait de grandes ambitions, à commencer par l'emploi et le pouvoir d'achat.
Quoi qu'il en soit, la route est encore longue et l'histoire des élections présidentielles montre bien que les sondages de
l'automne font rarement la part belle aux vainqueurs du mois de mai. Raison de plus pour préparer au mieux l'émergence d'une alternative crédible, conforme aux exigences de la crise mais
respectueuse des attentes et des capacités de chacun. François Bayrou s'y emploie dans l'ombre, auprès de ses troupes et de ses réseaux, avant de lancer sa candidature à l'hiver puis sous les
feux de la rampe d'une actualité qui dépassera nombre de candidats. Il souligne déjà que les réformes à accomplir seront telles qu'une large majorité des Français, et donc de la classe politique,
devront y adhérer. Surmonter et dépasser la triple crise sociale, économique et environnementale ne peut pas résulter de la victoire d'un camp contre l'autre. Le rassemblement est plus que jamais
nécessaire.
C'est pourquoi, il est nécessaire d'écarter à tout prix les réponses toutes faites, dogmatiques et technocratiques. Or, quoi que l'on pense de cet exercice, les « primaires citoyennes »
organisées par le Parti socialiste en donnent une bonne occasion. Elles ont en effet révélé qu'avec Manuel Valls, une nouvelle génération portait des promesses d'innovation et de rigueur. Elles
ont aussi montré que le bon sens, la capacité d'écoute et de pédagogie étaient bien inégalement répartis entre les principaux prétendants. C'est pourquoi il faut mettre à profit ces deux
prochains dimanches pour « minimiser les risques » en écartant la possibilité d'une candidature de Martine Aubry, et épargner ainsi au pays d'avoir à supporter les excès d'un ego
boursouflé se vautrant volontiers dans l'autisme. La candidature de François Hollande, homme d’État responsable, permettrait d’envisager un débat serein et constructif, d'autant que le retrait de
Jean-Louis Borloo contraindra les soutiens du président sortant à défendre son bilan sans avoir à surenchérir sur l’extrême droite, dont les actions sont désormais au plus bas.
Encore une fois, sept mois avant une élection, tout reste à faire. Raison de plus pour souscrire une « assurance » contre les excès potentiels d'une gauche revancharde
aux connotations passéistes et répondre à l'invitation lancée de participer à cette opération. Et pas de fausse pudeur : qu'il faille signer que l'on se « partage certaines valeurs de
gauche » ne saurait faire reculer un citoyen responsable, pas plus que s'il s'agissait de reconnaître partager dans le même temps certaines valeurs avec « la droite », avant qu'une
nouvelle donne de la vie politique ne vienne définitivement balayer cette dichotomie d'un autre âge.
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